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03 Mars 2011
Initialement Responsabilité Sociale des Entreprises, la RSE recouvre aujourd’hui plus largement la Responsabilité Sociale, Sociétale et Environnementale des Entreprises. Cette extension est le fruit d’une prise de conscience collective de plus en plus vive de l’impact majeur des entreprises, non seulement sur leurs salariés mais aussi sur leur environnement en général (sociétal et écologique). Cependant, de la prise de conscience pénétrée de bonnes intentions à la responsabilité assumée en actes, il n’y a qu’un p… précipice !
Comment jeter un pont solide, durable, entre ces deux rives ? Comment passer de la prise de conscience à la réflexion et à l’action responsables ? Comment sortir des dérives actuelles de « greenwashing » et de ce que je propose d’appeler « rosywashing » (« rosy » : optimiste, « tout rose ») ? Entre « greenwashing » et « rosywashing », la RSE ne serait-elle qu’un vernis coloré ?
L’ambitieuse vision sous-tendant la RSE et la gravité des enjeux ne peuvent se contenter de poudre aux yeux, de mesures destinées à donner bonne conscience et bonne figure aux entreprises. Il ne suffit pas de mettre des plantes vertes dans les bureaux, ou de proposer aux salariés de parrainer la plantation d’un arbre en Amazonie, pour faire avancer le Développement Durable : cela revient à faire du « greenwashing ». De même, il ne suffit pas de repeindre en rose les bureaux, et de proposer aux salariés une journée de développement de l’optimisme et de l’esprit d’équipe, pour prévenir les RPS et développer le bien-être au travail.
Ces actions « cosmétiques » ne dupent personne longtemps. Passée l’euphorie du moment, on s’aperçoit que le rose est une couleur affreuse pour les murs d’un bureau et que le moral des troupes est redescendu… parfois plus bas encore qu’avant. C’est l’effet « yoyo » du vernis rose sur les grises mines : dès qu’il s’effrite, les idées noires refont surface. Bref, après cela, rien n’aura vraiment changé, sauf l’image de l’entreprise qui n’en sortira pas grandie. Est-ce une raison pour ne rien faire ?
Bien sûr que non ! De toute façon, le cadre réglementaire ayant évolué, les entreprises ne peuvent plus ignorer ces problématiques ni en rester à des déclarations d’intention. Les dirigeants, les DRH, l’ensemble des managers et même les salariés, voire les actionnaires, tous sont collectivement concernés, mais pas seulement : chacun est personnellement concerné car chacun aura à répondre de ses décisions ou non décisions, de ses actions ou non actions… et encore, dans le meilleur des cas !
En effet, selon l’Etude Nationale IME sur le Stress au Travail réalisée en 2010 auprès de plus de 3000 répondants, plus des deux tiers d’entre eux estiment subir un décalage entre l’autonomie (pouvoirs décisionnels) dont ils disposent et la responsabilité qui leur incombe dans le cadre de leurs fonctions. Or, en entreprise, c’est comme en physique : rien ne se perd, tout se récupère !
Si une personne est contrainte d’assumer une responsabilité alors qu’elle n’avait pas les pouvoirs décisionnels correspondants, c’est qu’un collaborateur tient entre ses mains ces pouvoirs-là sans avoir à répondre des décisions ou des actes qu’il pose. Les responsabilités non assumées ne disparaissent pas, elles retombent toujours sur la tête de quelqu’un.
Rétablir à l’échelle de chaque entreprise – voire à l’échelle de l’Entreprise « France » – la cohérence entre autonomie (pouvoirs décisionnels) et responsabilité permettra d’éviter, d’une part, les situations d’« abus de pouvoir » et d’irresponsabilité des uns, et d’autre part, les situations d’impuissance apprise et d’« attitude parapluie » des autres craignant l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête (devoir répondre de décisions ou d’actes sur lesquels ils n’avaient aucune prise).
Qu’on le veuille ou non, nous devons choisir entre deux systèmes : l’un où l’on assume la responsabilité de ses propres actes et l’autre où l’on assume aléatoirement la responsabilité des autres. Etes-vous prêt à assumer des responsabilités qui ne devraient pas être les vôtres ? Ou préférez-vous assumer pleinement et uniquement la responsabilité liée à vos (non) décisions ou actions ?
Au-delà du désagrément voire du péril individuel dû à l’incohérence entre pouvoirs et responsabilités, c’est toute l’organisation qui est déstructurée et sa capacité d’innovation qui est inhibée… Ceci est vrai non seulement dans le domaine de la performance sociale mais aussi particulièrement vrai dans le domaine du Développement Durable qui nécessite des réformes culturelles et structurelles complexes ainsi que la responsabilisation de chacun.
Pour ne pas en rester à du « greenwashing » ou à du « rosywashing » mais devenir totalement « assumable » et assumée, une véritable politique de RSE ne peut être que tri-dimensionnelle : individuelle, managériale et organisationnelle, pour ne pas dire aussi culturelle, stratégique et systémique ! Ainsi, comme disais Edith Piaf dans sa chanson, pouvons-nous espérer voir davantage « la vie en rose »…
Céline Butin - Canis
Consultante expertise santé
