AccueilArticlesDépression liée au travail : détecter pour mieux gérer

En 2020, la dépression figurera au « deuxième rang des maladies affectant l’espèce humaine »[1]. Dans ce type de maladie, même s’il est toujours difficile de savoir si la cause est liée à la vie personnelle ou la vie professionnelle, cette dernière interviendrait de plus en plus directement dans le développement des dépressions. Selon les médecins du travail l’activité professionnelle serait directement en cause dans 80%[2] des cas.

La dépression peut toucher les hommes et les femmes quelque soit leur âge, leur niveau d’éducation, leur situation financière ou leur statut socio-professionnel.

Du simple « blues » au refus de vivre

Nous avons tous connus des périodes où nous voyons « les choses en noir », où nous nous sentons découragés. Mais si ces sentiments persistent pendant quelques semaines, s’intensifient et commencent à nuire à nos activités quotidiennes, il pourrait s’agir, non pas d’un simple « blues » passager, mais d’une réelle dépression. Cet état de souffrance bien plus intense, se manifeste sous diverses formes et perturbe la vie courante. La dépression peut commencer graduellement ou soudainement. Elle se manifeste différemment d’une personne à l’autre, mais il existe des signes communs, qui peuvent nous permettre de mieux la détecter.

Or, plus rapidement la dépression est repérée et traitée, plus rapidement la personne pourra sortir de son état dépressif. En effet, il est important de souligner que 4 personnes sur 5 se rétablissent d’une dépression si elles se font soigner.( ref :5)

Détecter rapidement pour accélérer la guérison

Dans le contexte professionnel, on confond souvent période de découragement et de démotivation, dépression, burn-out, harcèlement moral…

Si l’on se réfère aux classifications du DSM IV[3], le manuel de référence pour les troubles psychiques, une personne doit présenter au moins 5 des 9 symptômes identifiés pendant une durée d’au moins deux semaines, entraînant un changement dans son mode de fonctionnement habituel, pour que l’on puisse poser le diagnostic de dépression.

Parmi ces 9 symptômes, on retrouve toujours : l’humeur triste et l’anhédonie (perte de plaisir ou d’intérêt).

  - « Humeur triste et dépressive », « Anhédonie : perte de plaisir et de motivation »

Ces deux symptômes sont considérés comme les éléments fondamentaux d’une dépression. L’humeur triste et dépressive du sujet se caractérise par une difficulté à éprouver de la joie ou de l’enthousiasme quelque soit la situation. Certaines personnes deviennent même incapables de percevoir leurs sentiments, elles sont comme « anesthésiées ». Les pensées d’une personne dépressive sont négatives et parfois redondantes : elle ressasse sans cesse les mêmes problèmes, ce qui renforce encore son ressenti de mal-être.

Le second symptôme, l’« anhédonie », désigne la diminution ou l’absence de plaisir et de motivation. En effet, la personne n’éprouve plus de plaisir ou d’intérêt pour toutes activités, même celles qui habituellement lui en procure. Les habitudes se modifient, des activités sont délaissées, tout semble monotone, vide et dénué de sens.

  - « Modifications involontaires du poids », « Troubles du sommeil », « Troubles de la concentration »

Parmi les 9 symptômes typiques de la dépression, on peut constater une modification involontaire et parfois spectaculaire du poids (prise ou perte). Les dérèglements de l’appétit sont fréquents et constituent un signal d’alerte aisément repérable, de même que les troubles du sommeil (insomnie, hypersomnie ou autres modifications importantes des habitudes de sommeil).

On peut également observer des difficultés de concentration entrainant souvent des difficultés à prendre des décisions, y compris pour des choses simples et quotidiennes. Dans certains cas, où la dépression est déjà installée, la pensée de la personne devient « vide et désorganisée ».

  - « Troubles du comportement », « Fatigue », « Sentiment de culpabilité et idées noires »

Les troubles du comportement les plus fréquents chez les personnes dépressives sont le plus souvent l’agitation ou le ralentissement du rythme et du comportement habituel. En général, le changement de mode de vie est assez visible et donc repérable facilement. La fatigue est aussi très souvent présente. La personne affirme quelle n’a plus d’énergie et qu’elle se sent en permanence fatiguée, même après s’être reposée. Le sentiment de culpabilité, également caractéristique de la dépression, est détectable par une tendance à l’auto-accusation et la dépréciation de soi de manière injuste, sans qu’aucun argument logique ne parvienne à stopper la spirale infernale. La personne dépressive peut aussi avoir des idées noires. Elle dit vouloir mourir, ne plus supporter plus cette vie… Ce symptôme doit alerter l’entourage, car dans les cas les plus graves, il y a un risque de passage à l’acte.

 L’envisager sous différentes formes et l’accepter

Chaque individu étant unique, les signes de la dépression diffèrent considérablement d’une personne à l’autre. Détecter la dépression peut s’avérer compliqué car la plupart de symptômes pris individuellement, peuvent paraître anodins. De plus, ils n’apparaissent pas tous simultanément ni avec la même intensité.

En plus de cela, l’autre réelle difficulté que l’on rencontre, vient du refus de nombreux déprimés d’accepter leur état et de s’exprimer sur leurs souffrances. Ce phénomène est d’autant plus présent dans le milieu professionnel, où être atteint d’une dépression est vécu comme une grande faiblesse.

Aussi, est-il important de mieux connaître les manifestations de cette maladie, pour que les salariés comme les managers soient vigilants aux éventuels signes de dépression chez leurs collègues et puissent favoriser une prise en charge adéquate par les personnes compétentes (RH, médecin du travail, psychiatre…). La description des symptômes donnée ici devrait aider à cerner plus précisément le mal-être de collègues, de proches, ou celui vécu personnellement. Pour lutter contre la dépression en milieu professionnel, il convient d’abord de mettre les bons mots sur ces maux.

Quels signaux doivent alerter en milieu professionnel ?

Signaux en lien avec le travail :

-          Comportement agité ou au contraire, rythme particulièrement lent

-          Difficultés à prendre des décisions

-          Raisonnement souvent mal construit et tendance générale au négativisme quelque soit le sujet

-          Baisse de la productivité

-          Désorganisation dans son travail, la personne se sent submergée par ce qui lui demandé

-          Incapacité à se concentrer

-          Baisse de la fiabilité, tendance à faire plus d’erreur que d’habitude

-          Prédisposition aux accidents

-          Retards fréquents, oubli des rendez-vous à répétition

-          Jours de congés maladies de plus en plus fréquents

-          Augmentation des heures de travail, dossiers rapporté à la maison

Signaux plus personnels :

-          Manque d’enthousiasme, pouvant aller de la lassitude jusqu’au dégoût

-          Isolement social, fuite des lieux de convivialité (notamment ceux de l’entreprise

-          Irritabilité, changement d’humeur

-          Dépréciation de ses capacités, jugement critique sur ses réalisations

-          Fatigue chronique

-          Comportement de fermeture sur soi ou extrême dépendance vis-à-vis des autres

-          Perte ou prise de poids inhabituelle

-          Augmentation de la consommation de cigarette, de café et dans certains cas d’alcool ou d’autres drogues.

De l’attention et du dialogue

S’attaquer au stress et à la dépression liés au travail est un long et difficile parcours incluant la prise de conscience et l’action de nombreux acteurs de l’entreprise. Néanmoins, chacun peut jouer un rôle dans cette lutte, quelque soit son niveau hiérarchique. Il suffit simplement d’essayer d’être attentifs les uns aux les autres, d’avoir quelques clés de lecture des signaux caractéristiques et de savoir à qui en parler. Si un(e) collègue semble « tomber dans la dépression », lui permettre d’en parler est déjà une première étape importante. Evidemment, il ne s’agit pas de jouer « les apprentis sorciers » mais au contraire d’amener la personne en difficultés à consulter un professionnel qui pourra faire un diagnostic précis sur son état de dépression. Il faut garder à l’esprit que plus rapidement la personne est prise en charge et plus rapidement elle pourra sortir de cet état. Ainsi, il ne faut pas avoir peur de parler de la dépression dans la vie courante comme en milieu professionnel...

 

Anouk Daher,

Psychologue Clinicienne

Consultante en Ressources Humaines



[1] Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

[2] Le risque psycho social prend la première place dans les consultations de pathologies professionnelles, communiqué de l’AFFSET, octobre 2009

[3] DSM IV : Manuel Diagnostique et statistique des troubles mentaux, Editions Masson, 1994

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